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Remerciements

 

1 

Sur les avis de décès,

Les épluchures de patates

Enterrent une nouvelle fois

Madame S.,

Messieurs Debrosse,

Clavier et Brochet.

Paix à leur âme.

 2

Elles viennent du jardin

Et s’épluchent

Comme des poèmes de Houellebecq,

Froides et brunes dans leur banalité,
Mes patates du soir.

 3

Il y en a parfois

Avec une toute petite tête.

Le jeu alors est de peler le corps

Sans toucher à celle-ci.

Mais à la fin,
Il faut sévir. 

 
 4
Celle-ci, je l’ai bien en main.

Le coude en appui sur la table,

Il y a deux gestes possibles :

En long, vers moi,

Ou en zig-zag rotatif,
Pivotant autour d’elle.

Après, c’est affaire de goût,
L'épluchure ne dépend plus de l'éplucheur
.
 

5

Celles qui me plaisent

Ont le dos LARGE

Mais pas trop;

Juste assez pour quatre
Passages d’éplucheur.

Comme un oeuf de cane,
Aurait dit

Ma mère.

 


6

Dans sa chair jaune et dure,

Un cancer.
Gris-vert, mou et mal placé.
  Deux choses :

-Peler l’horreur

-Pratiquer l’ablation avec la pointe
De l’éplucheur au plus près

De la chair saine.

Après, gèrer le trou au mieux.
Tant pis pour le gaspillage.

 

Il y en a parfois

Qui ont une Grosse tête.

Je sais que c'est la tête,
Elle me regarde. 
 


8

Sur le cou,

Dans le pli juste au dessus des
Epaules,

Ce petit morceau de peau résiste

à l’éplucheur.

                                        Deux choses :

                                         -Gratter avec le bord biseauté,

                                         -Egaliser avec la lame.


9

Je pioche au jugé

Dans le panier

Posé

Hors de portée

De mes yeux. Mes doigts

Ont assez

De jugeotte pour choisir

La prochaine en toute équité.
Et je les en remercie
.

 

10

Encore une.

Celle-ci est parfaite.

Bien dans la main
( la gauche).

La gauche, mais pas la moins
Adroite

à certaines tâches.

D’autres diront plaisirs,
Moi pas,
Ce n'est pas un poème érotique.
 

 11

Encore une.

J’y reviens.

Celle-ci est parfaite :

Posée au repos dans le berceau
De mes trois doigts supérieurs

(Pouce, index, majeur)

Elle est froide et terreuse.

Terreuse, pas sale.

C’est de la terre du jardin.
J’en ai chassé les chats,

Les chiens et autres bêtes

à crottes puantes.
Elle sent bon,
 Elle a bonne mine,
Pour un peu, je la garderais pour demain.
   

12

Encore une.

Non, c’est toujours la même,

Toujours la même position.

L’éplucheur glisse sur son corps parfait

Et soulève des voiles diaphanes mouillés d’un côté

Terreux de l’autre

Qui tombent sur le tas,

Sur les avis de décès

Et les remerciements;
C'est beau.
 
 

13 

Encore la même.

J’en termine avec.

Elle n’a pas de forme.

C’est comme une pierre

Extragalactique sans

l’horreur du vide.

Il restait un oeil
Que j'enlève dans un dernier
Sadisme.
 

 

 14

Celle-ci,

Trois morceaux bien rebondis,

On dirait une fourmi.

Je la laisse pour demain,
J'ai horreur des fourmis.
 

 

 15

Celles que je cherche ce soir

Ont la peau lisse et dure

Mais doivent marquer sous l’ongle.

Kerpondy, patates à frites,
Aurait dit ma mère.
 
 

 16

C’est hallucinant.

Celle-ci m’a demandé violence.

Elle était comme l’autre;

Le caillou extragalactique,

L’horreur du vide en plus.
Canyons, cratères, pourriture

Et j’en passe.

Il m’en est resté un peu
 Au milieu des épluchures.
  

 

 17

Celle-ci, c’est un saucisson.

Sec et noueux comme né à la
Montagne.

Je le (la) pèle
Sans me graisser les doigts.

C'est beau.

Il est sec et fariné

Comme un vrai,
Sèché dans la cendre
De hêtre.

Toi, ma patate,
Merci de m’avoir fait rêver.


18

Le challenge parfois

C’est de réussir
Des épluchures égales.

Egales en longueur et en
Largeur.

Après, elle est belle la
Patate,

Lissée de sillons réguliers
Et doux, avec juste ce qu'il faut
De sauvage
 Dans le corps pour plaire
Encore.

19

Le challenge -bis-

Quand il est réussi,

Je veux dire vraiment réussi,

Je suis fier.

Je suis Cro-Magnon et son silex taillé,

Palissy et ses salamandres

Vinot et ses portraits.

Je suis fier et beau.

 

 


 20

Je vous jure que je ne l’ai
Pas voulu.

Cette horrible cicatrice

Sur son front, c’est moi.

Ou plutôt, c’est la pioche,

La houe, disent les livres,

Mais ici, on dit la pioche,

C’est comme ça.

Il faut respecter les usages

Et les filles du coin.




 21

 

Toi, tu es la cloche de l’Angélus.

Je te retrouve
Car je t’ai vue
du clocher

Quand l’éclair y a épousé
L’électricité.


De là haut,

Je voyais le jardin.
J’y ai pensé fort.
Peut-être est tu née là de
 Mon tourment ?

 


22 

Toi,

Tu as dû croire à la réincarnation,

avant : 

Cette gueule énorme

Au bout de ton corps massif,

La mâchoire ouverte,

(Oui, on n’en ouvre jamais qu’une),

Et, les naseaux auxquels ne
Manque

Que le souffle, c’est un hippo !

Un hippopotame, un vrai.


Il y a même les yeux.

Hippo, que viens tu faire dans
 Mon seau d'eau ?





23 

Le choléra, la peste,

La lèpre, la grippe ou l’hématome

Post arrachage ?

Que nenni...

Le mildiou et la pourriture noire.


Je cherche dans l’horreur

Quelque muscle à sauver...


Il faut jouer du couteau

Et combattre l’innommable
 Qui crie dans ce corps déformé.

 

 

 24

J’ai eu beau passer
L’éplucheur à plat

Il reste de la peau brune dans son creux.

Aisselle ou intérieur de la cuisse,

Elle ne le dit pas.
Vite, vite,
 Chez l'esthéticienne !

 

 

 25

Celle-ci est sentimentale.

Je le sens.


Collée sur son dos bossu,

Elle a gardé

Une petite motte

De la terre du jardin,


Difficile de faire sauter
 Ce petit bout de vie.

 

 

 26

Il reste la petite du début.

Petite ou non-grosse, plutôt.

Plutôt grosse pour une petite,

Ronde comme une bille

Avec juste un petit plat déchiré au collet;
Là où j'ai tué la mère.

 





27

La bille -2-

 

Elle est là sur le tas
D’épluchures,

D’ immondices

Et de pourriture noire.
Elle chevauche un monstre brun-rouge

Agrémenté de taches rouille
En creux.

La chevelure médusique

Sur les avis de décès et les remerciements.

Elle est là

Et
 Je vais la jeter avec le reste.
 

 


28

La bille -3-

Au- dessus du tas d’épluchures

Plates et convulsives,

Sa sphère heureuse et lisse
Capte le regard.

Je la prends.

Pas besoin de trois doigts;

Elle est comme un petit pois

Frais au jardin.

Le germe en moins,
Sa vie de petite patate en plus.

Je la prends,

Je la prends et la jette

Avec les avis de décès
 Et les remerciements.

   
29
Un pli du journal. La partie

Droite sur le milieu.

(Je suis droitier).

Puis, la partie gauche et le bas;

Et puis le haut.

Tout cela est bon,

Bien occidental sans doute.

Maintenant,

Dans la poche de papier,

Il y a les épluchures,

La pourriture,
 Et la petite patate ronde.

  
30
C’est comme une bière.

Ou plutôt comme une mise en bière.

Elle est plutôt lourde pour des
Déchets.

Le papier devenu fragile

A cause de l’humidité

M’inspire peu confiance.

Je redéplie la bière et la double

Avant

De la refermer.
C'est mieux.


31
Dernier doute
Avant de refermer.

Un regard sur le carrelage

De la cuisine.

(Comme la petite cuillère dans l’évier,
il reste toujours un petit bout de peau par terre).


Je tapote l’éplucheur;

Un peu de terre de mon jardin

Tombe

Avec ma bénédiction

Sur les morts du journal.


Cette fois, c’est définitif,

Je referme le paquet
Et le jette.

32...et fin

Ce soir, je suis sans courage.

Je jette le paquet dans la
Poubelle,

Je jette les peaux,

Je jette la terre,
Je jette un peu de moi

Avec tous ces morts

Et cette pourriture noire.

Parfois, je les brûle dans la
Chaudière.

Il paraît que ça décalamine

Les cheminées,

Dit mon frère Bernard.
C'est encore à vérifier.

 

   

++++++++++++ Sullius nov 2000+++++++++++++

 

 







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Yves VINOT

Profil

  • SULLIUS
  •   Peintre expressionniste régional qui ne demande qu'à devenir national avec un petit coup de main des amateurs....

        ATELIER et GALERIE dans un petit village de la verte Haute saône, en Franche-comté
  • Peintre expressionniste régional qui ne demande qu'à devenir national avec un petit coup de main des amateurs.... ATELIER et GALERIE dans un petit village de la verte Haute saône, en Franche-comté